Une puissance de frappe poétique

Il y a dans le travail de Vincent Lignereux une grande vitalité. J'y perçois un mélange singulier et attractif d'expressionnisme, de réalisme et d'art pratiquement classique. Un graphisme à très forte puissance expressive caractérise les éléments que j'ai prélevés : ces compositions ont la puissance de captation des bonnes affiches, avec des intentions beaucoup plus louables, poétiques ou éthiques. Les oeuvres affirment leur impact, s'imposent, se saisissent brutalement de votre attention. Il y a là, dans ce travail d'accroche, comme une synthèse ardente du propos, une simplicité efficace, une poésie élémentaire qui part à l'assaut. Comment dire? Il y a une puissance de frappe poétique.

© 2015, par Denys-Louis Colaux, critique et romancier. 

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Vincent Lignereux, un peintre authentique

 

Entre apparition et disparition, présence et absence, entre la mémoire et sa disparition, entre peau des murs et des corps, se jouant des codes et défiant les certitudes, l'art de Vincent Lignereux interpelle par son impact sensible et son vêtement d’intemporalité. Ce travail laisse passer tant d'émotions inextinguibles. Merveilles de délicatesse et de force brute, de justesse et de dynamisme, ses toiles agissent comme un rappel, un retour à la source, sorte de leitmotiv de notre vraie nature enfouie.  Vincent Lignereux peint de façon humble et son art est rhétorique, il persuade. J'aime la forte simplicité de sa peinture et je pense que c'est atteindre un sommet en soi que de parvenir à cela. Son travail est à redécouvrir sans cesse car cette peinture est une immersion directe dans la félicité, la profondeur, le mystère d'une solitude heureuse, d'un bonheur épuré. Je me sens désarmée face à autant de vérité et de talent car il n'y a pas de séduction, pas d'effets tape-à-l'oeil ou de fausse évasion dans cette peinture, mais que du vrai, de la vie brute, et c'est ce qui est tellement touchant. La peinture de Vincent Lignereux a le pouvoir de rasséréner, de calmer, de ramener quiconque à la sérénité.
Ce peintre n'est pas seulement un peintre, il invente un monde, une écriture de formes, un espace temps, ou un espace tout court, sorte d'entre-deux dans lequel transparait à la fois l'absence et la présence, la vie réelle et l'inaccessible, l'histoire et le présent, le temps irréversible et l'immuable "ici et maintenant".

© 2015, Laurence Nison, auteure. 

(Copyrightfrance, tous droits réservés).

Vincent Lignereux : Ici et ailleurs


Vincent Lignereux observe le monde qui nous entoure et nous fait part à sa manière de son point de vue. Et lorsqu'il s'exprime, j'y perçois la recherche d'un Ailleurs, propre aux poètes, aux voyageurs et aux enfants. En effet, Les deux pôles catalyseurs de sa créativité sont l'enfance et le voyage, même s'il s'agit parfois d'un voyage intérieur. Au moment où j'écris cet article, il s'apprête à partir pour la énième fois en Inde. Et c'est avec humour qu'il écrit plaisamment dans son "journal indien" que s'il n'était pas "indien dans une vie antérieure, il l'est assez dans sa vie intérieure". Ce pays, spectacle permanent de la misère et de la splendeur, lui a remué l'âme. "Le pays des paradoxes absolus" me dira t-il. Et l'authenticité des gens lui semble la règle. Je n'y vois aucune idée de fuite, mais au contraire le retour à soi-même, la quête de l'authenticité, le besoin de simplifier la vie et la relation aux autres. Parfois dans cette démarche, il me semble entendre comme en écho ce conseil du philosophe américain Henri Thoreau, imprégné par la pensée orientale : "Simplifiez, simplifiez, simplifiez." J'entends aussi quelques vers du poète Walt Whitman, en raisonnance à cette philosophie et en complet accord avec l'existence : "The art of art, the glory of expression, is simplicity. Nothing is better than simplicity, and the sunlight of letters is simplicity... I am satisfied, i see, dance, laugh, sing." Ce à quoi Vincent pourrait ajoûter "je dessine, Je peins, je voyage"...
Si la pensée orientale invite à la sérénité et au calme intérieur, Vincent ne vit pas pour autant dans une bulle à l'abri du tumulte de la vie moderne. Doué du sens aigu de l'observation, ses peintures mettent en scène l'ordinaire de chacun d'entre nous, individu qui vit et se déplace. Ses regards sur la ville, sur les lieux de vie, témoignent des émotions que nous éprouvons, simples quidams, perdus dans notre anonymat dans le flot urbain, dans la masse des gens et des objets. "J'ai pour habitude de dire qu'en ville, on est tous un peu victime de ce que j'appelle la névrose de l'activisme urbain, une sorte de mouvement perpétuel incontrôlable" me dira t-il. Voici, en effet qu'il présente au fusain, dans le décor urbain de Londres, Prague, Budapest ou Bruxelles, au détour d'une rue, d'un quai de gare, d'une sortie de métro à Charing Cross ou Trafalgar Square, ce peuple de gens aux visages fermés, perdus dans leurs pensées, venant on ne sait d'où et allant vers on ne sait quoi. Ou bien encore, plusieurs fois répétée sur une grande feuille d'un mètre dix de hauteur, voilà la silhouette charbonneuse et son ombre portée d'une sorte de Monsieur Hulot, qui se meut tel un pantin pressé poursuivit par son ombre. Enfin, comme en écho l'incessant défilé, tout aussi mécanique, des voitures sur l'autoroute.
Mais le meilleur est à venir quand Vincent explore nos lieux de vie, entre dans l'intimité des appartements et des ateliers. Le titre de cette série de dessins est Capharnaüm, à elle seule tout un programme. Même si l'artiste ne dessine pas une cellule de moine, il se livre à un véritable travail de bénédictin, la jubilation en plus. Il s'agit, en effet, d'entrer dans l'intimité d'un lieu et de tracer à l'encre de chine, à la ligne et sans repentir, le contour de la pièce sans oublier un seul objet. Nous sommes en présence d'une joyeuse pagaille, d'un inextricable fouillis. Comme les étoiles appartiennent à l'espace, les objets appartiennent à cet univers huis clos, ils sont inséparables et interdépendants. La plume poursuit leur parcours, du plus proche au plus lointain, inscrits dans une perspective irréprochable. Nous ne voyons pas le locataire de la pièce mais Vincent Lignereux nous raconte son histoire, une histoire sans paroles livrée à la libre interprétation de chacun. Le regard est facétieux, il s'amuse du portemanteau d'un artiste, croulant sous le poids des vêtements. Il s'amuse du bureau de l'informaticien où se côtoient tous les écrans de la modernité, ordinateurs, claviers, lecteurs de DVD, jouets, livres et autres objets. Et que dire de tous ces pelotons inextricables de fils électriques? Tout ce désordre, ces accumulations de choses nous parlent de notre défaite contre ces objets. Lutter contre leur possession semble une bataille perdue d'avance. Elles nous envahissent et nous encombrent. La technique graphique traite les objets de la même façon, la ligne dans son parcours abolit les valeurs, ne distingue aucune hiérarchie. Souvent, dans tout ce dérisoire bataclan, l'enfance reste présente comme une nostalgie, voici qu'apparaissent, discrets mais bien là, les jouets d'autrefois, ours en peluche, pantin articulé, robots, voitures miniatures. Tout ces dessins sont empreints d'un étrange pouvoir onirique.

© 2010, par Georges Gernot, professeur universitaire et auteur.

Extrait choisi du livre "Au fil de l'art", préfacé par Daniel Delaveau, maire de Rennes, Editions GG, 2011.

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Les yeux bien ouverts sur le monde 

« Si on garde les yeux bien ouverts sur le monde, il se passe mille choses auxquelles on ne prête pas attention parce qu’on est dedans…»
Vincent Lignereux offre aux regards sa vision du monde à travers des toiles et dessins qu’il qualifie « d’intérieur » ou « d’extérieur ». Fusain, encre de chine, peintures acryliques, le peintre travaille selon des techniques qu’il appelle « à la ligne », ou bien « à la tache ». Au-delà d’un style, Vincent Lignereux nous parle d’une écriture. Noir et blanc très présents, on voit le mouvement des autos, des bus, on court avec les piétons qui traversent la rue, allées et venues sans fin, on est emporté dans le mouvement des gens qui se croisent sans jamais se rencontrer. C’est avant tout l’anonymat des scènes quotidiennes que retient Vincent.

Atmosphères urbaines, centres villes, rues pluvieuses, les paysages urbains fascinent Vincent Lignereux qui les transcrit crûment. On est tout de suite plongé dedans, imprégnés des odeurs des pots d'échappement, on glisse sur le pavé mouillé, On se sent redevenir piéton en regardant la croisée des rues. «Je parle avant tout de l'anonymat, j'ai l'habitude de dire qu'en ville on est tous un peu victimes de ce que j'appelle «la névrose de l'activisme urbain», une sorte de mouvement perpétuel incontrôlable».

Dans un premier temps il travaille sur le vif du sujet, à l'aide de croquis puis de photographies. Il reste parfois longtemps à attendre qu'une ou un groupe de personnes vienne équilibrer sa toile en passant juste à l'endroit vacant. La composition lui est primordiale, elle répond à des lois et à un regard aiguisé. Ses toiles sont "habitées" et même si l'athmosphère est souvent à la pluie, on sent une chaleur humaine émaner, on est plongé dans la ville, on grelotte dans les courants d'air des quais de gare, on entend le sifflement des portes de bus...

En opposition à ces toiles "d'extérieur", ses dessins "d'intérieur" sont tracés, à la plume et à l'encre de Chine, parfois au stylo plume, selon la technique dite "à la ligne", au premier jet, sans ébauche préalable. Bien entendu tout ses dessins sont réalisés sur le vif du sujet, il s'agit là d'une transcription directe, sans tricherie, sans repentir. La plume ne pardonne rien, il n'y a aucun gommage possible, et quand on entre dans le dessin, ce travail est défi relevé haut la main : ce sont autant d'intérieurs, de pièces en désordre, de ramassis d'objets jetés pêle-mêle sur le sol. Salons, bureaux, chambres et ateliers d'amis artistes à Bruxelles, ces cavernes d'Ali Baba urbaines nous parlent de l'intimité de leurs propriétaires sans même qu'on ne les voit. Là encore le peintre est observateur, en retrait, discret mais attentif, il transcrit ce qu'il voit chez les autres. « Ici on n'est plus du tout dans l'anonymat, on plonge directement dans l'intimité des gens, je fais leur portrait en ne dessinant non pas leur visage mais leurs lieux de vie, leurs univers intimes, ça parle du temps qui passe, et des gens que l'on rencontre par hasard…». A voir d'urgence.

© 2008, par Noelle Mazet, journaliste. 

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