APPRENDRE A VOIR : ANALYSE ET PEDAGOGIE DU DESSIN

 

par Vincent Lignereux 

© 2009  (Copyrightfrance, tous droits réservés)         

En cours d'écriture pour finalisation.

 

Introduction :

Le travail, l'exigence, la rigueur, le plaisir, la curiosité, sont les qualités recquises à tout artiste en formation. 
L'apprentissage du dessin, père de tout les arts, n'est pas chose aisée, et choisir de vivre cette aventure ne se fait pas sans difficulté. Le dessin est une discipline longue et ardue.
Apprendre à dessiner et à peindre, c'est d'abord apprendre à voir. Non pas à simplement regarder mais à voir de plus en plus profondément les choses. Voir est plus profond que regarder, et cela s'apprend. Et tout le plaisir de ces activités provient de là : apprendre voir!

 

Quelques mots-clé du dessin :

La forme, le vide, le plein, les proportions, la lumière, le volume, la profondeur, les masses, les plans, le fond, la construction, les axes, les rythmes, la suggestion, le détail... Mais encore : la ligne, la tache, le dégradé, la composition, le cadrage, la vision profonde, l'abstraction, la figuration, la représentation, la matérialité, la rigueur, la justesse, le signe, la trace, la gestualité, l'exigence, le pouvoir expressif, le geste affirmé, le geste infirmé, les règles (lois), le cahier des charges, les outils, les moyens, le support, la texture...

 

I- Programme pédagogique / Définitions :

1- Graphisme et volume :

Globalement, nous appellerons "graphisme" tout ce qui touche à la définition d'une forme (en dessin on parle du graphisme d'une forme : orientation, représentation, définition, proportions etc), et nous appellerons "volume" tout ce qui définit le modelé (ombrage, estompage, dégradé, nuances etc).

 

2- Un questionnement sur le support et les moyens :

Nous étudierons ensemble les données de la représentation graphique et plastique du dessin et de la peinture, sans oublier de nous questionner sur le support et les moyens. En réalité, je le répète, il sagira surtout d'APPRENDRE A VOIR!

Nous travaillerons et réaliserons que le progrès ne se fait pas sans exigence. Comme dans tous les domaines, plus nous travaillerons en faisant preuve d'exigence envers nous-mêmes, et plus nous progresserons.

La pratique du dessin (et de la peinture) est une discipline longue et ardue qui ne se fait ni sans passion ni sans efforts. Et comme pour toute discipline pratiquée sérieusement, l'art de dessiner et de peindre répond à des lois, à des règles. Il est libre à chacun de vouloir faire sans elles, mais j'appelle cela "vouloir écrire un roman sans même avoir appris à lire". Ou bien "vouloir mettre la charrue avant les boeufs".

Les moyens du dessin sont nombreux et il est évident que l'art de dessiner et de peindre recquiert un travail assidu et de très longue haleine. Il est important durant les premières années d'apprentissage d'expérimenter chaque moyen, chaque outil, sans oublier la notion de support.

Chaque outil possède ses propres caractéristiques, il peut permettre un tracé "à la ligne" (définition de la forme) ou "à la tache" (définition du volume), ou bien les deux à la fois. Certains sont plus "bavards" ou délicats que d'autres et peuvent répondre à beaucoup de données : la pression de la main sur l'outil, son éventuelle charge en liquide, la manière de le tenir, sa position verticale ou penché sur le support etc.

Les supports quant à eux (papier, carton, toile etc) peuvent être plus ou moins rugueux ou lisse, absorbant ou pas du tout, rigide ou souple etc. Bien entendu, en fonction de tout ces choix, le rendu final et la matérialité (le rendu) de l'oeuvre seront différents. Nous y reviendrons plus bas et je détaillerais toutes ces données liées aux supports et aux moyens.

 

3- Les outils, moyens et contraintes :

Le choix de l'outil est bien évidemment une question de sensibilité. L'outil permet une trace qui lui est propre et le "signe" dessiné ou peint en dépend. Nous reviendrons plus loin sur les notions de "signe" et de "signifier".

L'outil est le traducteur sensible de notre vision, mais il réclame une certaine maîtrise gestuel pour le contraindre à représenter (signifier) cette vision avec précision ou plus exactement avec volonté.

4- Techniques sèches, humides et grasses :

Chaque outil possède sa nature propre et se classe dans trois catégories appellées "techiques", sèches, humides, grasses.

Il existe trois catégories de matériaux communément appellées "techniques" :

- les  techniques sèches (fusain, pastels secs, mine de plomb, crayons graphite, sanguine, sépia etc)

- les techniques humides (c'est-à-dire au "lavis", telles que encres, brou de noix, aquarelle, peinture à l'eau acrylique ou gouache, peinture à l'huile très diluée)

- et les techniques grasses (pastels gras ou à la cire, peinture)

Durant les premières années de pratique, il est important pour bien progresser de les expérimenter toutes car elles se "répondent" les unes aux autres, et que chacun, afin de trouver sa propre personnalité dans la "représentation" (cela ne se fait pas du jour au lendemain) se doit d'en expérimenter chaque procédé. Il est important de comprendre et de se rendre compte que les techniques se répondent les unes aux autres, que l'on ne connait bien que ce que l'on vit, et qu'il est impossible de trouver sa sensibilité sans expériences vécues au sein de l'expérimentation des outils et du support.

 

5- Voir, comprendre et traduire :

Chaque outil nous propose une traduction graphique spécifique. Le geste qui les anime répond lui aux commandes de notre vision. Plus la vision est juste et profonde, plus le dessin sera juste et profond. Les commandes de notre cerveau n'ordonnent au geste et à la main que ce qui a été vu, profondément vu, et compris. C'est donc l'oeil qui guide la main. Et c'est donc l'oeil qui dessine. La main ne fait qu'obéir à la vision et en suivre les "instructions". Nous verrons donc que la représentation dessinée répond à des lois incontournables et que pour apprendre et progresser il est important de :

-Développer une réflexion sur les moyens (outils, support)

-Se donner un cahier des charges (des règles du jeu), et travailler avec exigence

-En terme de moyens, se mettre volontairement dans des situations que l’on ne contrôle pas, car c'est souvent la contrainte qui fait progresser et avancer

-Remettre sur la table les données de la représentation (analyse des données graphiques et plastiques, autrement dit de la forme et du rendu)

 

6- Les données de la représentation :

Parce qu’elles sont incontournables, au cours de l’année nous aborderons toutes les données liées au vocabulaire du dessin, telles que :

la ligne et la tache (l'alphabet du dessin), la gestualité, le réalisme, le dessin additif, le dessin soustractif, la matérialité, le palimpseste, la composition.

 

7- Langage, écriture, et processus de création :

Un langage étant un système structuré de signes permettant de communiquer et de s'exprimer, il me semble que le dessin est une forme de langage. Bien sûr à l'intérieur de ce langage spécifique entre la dimension esthétique, ce qui lui permet de communiquer non pas par les mots mais par les sensations, le ressenti et les émotions. Tout comme le langage est la base de l'écriture, il me semble que le dessin soit la base de la peinture. Il me semble d'ailleurs que le dessin soit le père non seulement de la peinture mais aussi de tout les autres arts visuels. Dans l'Histoire, le dessin a exercé son pouvoir expressif à travers les millénaires. Dans sa caverne, l'homme préhistorique dessine déjà sur les parois rocheuses, en même temps qu'il lutte pour sa propre survie. Et à l'échelle de nos petites vies, peu importe la culture à laquelle nous appartenons, nous avons tous dessiné avant même d'avoir appris à marcher ou à parler. Lorsque nous étions bébé et enfant, le dessin était notre forme d'expression la plus naturelle qui soit. Le dessin est donc le père de toutes les autres formes d'art. Il en sera toujours la base, la racine, la source, le socle, l'armature.

 

8- Le dessin comme langage, la peinture comme écriture :

Il me plaît à dire aussi que si le dessin est un langage, la peinture est une écriture. Ce n'est là que ma vision quelque peu métaphorique et personnelle des choses, et cela est sans doute relatif. Mais c'est bien comme cela que je le vois. Il a été naturel dans ma propre démarche d'apprendre à dessiner avant de me mettre à peindre, tout comme il est naturel de savoir parler avant d'apprendre à écrire.

 

II-Programme pédagogique / En pratique :

1- L'alphabet du dessin : la ligne et la tache

La ligne :

-Différente du trait car non systématique

-Définition, silhouettage, laisser courir l’outil, être libre

-Le signe : pouvoir expressif qui nous est propre

La tache :

-Le dessin par masses

-Techniques dites sèches, humides, grasses et mixtes

-Valeurs, volume-modelé (profondeur, lumière)

 

2- Le geste et le mouvement : rapidité, lenteur

La gestualité (rapidité) :

-Gestes et mouvements rapides, dessin gestuel, composition rapide : travail instantané, aller à l'essentiel

-Dynamisme et rapidité : véhiculer la vie

-Le croquis rapide : dextérité, pouvoir expressif

Le réalisme (lenteur) :

-Gestes et mouvements lents, composition lente : travail dans le temps, détails

-Attention, observation, précision, lenteur

-Regard lent, geste spontané

-Réalisme n'est pas manièrisme

-Pauses longues, travail dans le temps donc dessin plus «poussé»

 

3- Procédés : additif, soustractif

Le dessin additif :

-Le dessin additif est le dessin dit "conventionnel", celui connu de tous et pratiqué par une énorme majorité de gens, c'est celui par lequel il est question de laisser des "traces" plutôt foncées sur un support plutôt clair et de faire monter les valeurs du clair vers le sombre.

Dans ce procédé, l'action de "gommer" n'est soit pas pratiquée du tout, soit pratiquée avec parcimonie mais ne constitue pas un élément moteur ou majeur du processus de création.

Le dessin soustractif :

-Le dessin "par soustraction" quant à lui, se pratique essentiellement par gommage, voir même, bien que plus rarement par grattage, ponçage etc. De manière générale nous dirons qu'il sagit d'un procédé de dessin réalisé par retrait de matière, à l'inverse du dessin additif qui se pratique comme son nom l'indique par ajoût.

-Du noir vers la lumière (par opposition au dessin par addition), dessiner la lumière, travail soustractif : gommage, techniques sèches

-Valeurs, lumière, clair-obscur

 

4- Le rendu : matérialité, textures, effets, abstraction

-La matérialité (à ne pas confondre avec la matière), le rendu 

-Les effets : expérimentations, techniques mixtes

-Prises de risques: abstraction, accidents

-Aborder différents matériaux: bougie, encre, café...

-De l’abstraction vers la figuration: manière de voir non codifiée

 

5- Le palimpseste : superpositions, strates

-Réflexion sur le support: gommage, effaçage, grattage, accidents, effets, strates

-Donner de l’engrais au support, de l’âme au dessin

-Travail de strates et superpositions (travail à long terme, plusieurs séances)

-Notion de rythmes, d’équilibre, signes

-Composition, imagination: dessin d’ensemble

 

6- Le monotype 

Le monotype est une technique d'impression qui consiste dans un premier temps à enduire une plaque rigide (plexi, verre, plastique, miroir, planche de bois, etc) de peinture à l'huile ou d'encre lithographique. Dans un deuxième temps, soit on dessine en soustraction directement sur la plaque à l'aide par exemple d'un chiffon (travail soustractif : par retrait et effaçage, en venant "chercher" la lumière), puis on vient apposer une feuille sur la plaque et on l'imprime par pression à l'aide par exemple d'un rouleau de graveur... Soit, et c'est une deuxième manière de procéder, il est possible de dessiner à la ligne directement sur la feuille, par exemple au stylo à bille ou au crayon graphite, et voir se révéler le dessin directement sans impression préalable. La pression de l'outil sur la feuille en contact avec la plaque enduite se suffit à elle-même pour laisser apparaître le dessin. Dans les deux cas, le dessin final apparaîtra symétriquement opposé à son tracé initial. Comme on le dit communément, l'image apparaît "à l'envers".

 

7- Composition d'une image

Les règles de composition d'une image seront abordées directement durant mes cours pratiques, fusain ou pinceau en main. Elles peuvent paraître compliquées lorsqu'elles sont abordées de façon purement théoriques alors qu'elles sont perçues d'une façon totalement logique et naturelle lorsqu'on sait "voir". Et pour apprendre à voir, je le répète, il faut dessiner longtemps, très longtemps "sur le vif" du sujet. Ainsi l'oeil "voit" de mieux en mieux, de plus en plus profondément, jusqu'à atteindre une vision de l'ordre de "l'oeil absolu" (tout comme existe le phénomène d'oreille absolue en musique) qui englobe une compréhension ou plus exactement une perception parfaite de toute "problématique" de composition, ainsi qu'une vision irréprochable et immédiate de tout rapport de proportions lié aux formes.

J'aborderai dans mes cours des notions incontournables liées à la vision dans l'espace, telles que : lignes de force,  compositions en diagonales, compositions en triangle (ou pyramide), l'équilibre géométrique, la ligne d'horizon, les plans...

 Vincent Lignereux © 2009  (Copyrightfrance, tous droits réservés)

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En pratique :

Les cours de dessin et peinture animés par Vincent Lignereux ont lieu :

A Rennes, à l'Atelier du Thabor: 

-Le mardi de 19h30 à 21h30, Atelier "Modèle vivant" avec pause longue le 1er cours du mois

-Le vendredi de 9h à 12h, Atelier "Peinture, Recherche, Composition"

-Le samedi de 10h30 à 12h30, Atelier "Modèle vivant" avec pause longue le 1er cours du mois

-Le mercredi de 13h45 à 15h45 et de 16h15 à 18h15, Atelier "Dessin - Couleurs"

Tout du long de l'année, plusieurs stages  de peinture et dessin seront proposés. 

A Hédé, Association Fêt'Art :

-Le mardi de 15h à 16h30 et de 17h à 18h30, Cours "Dessin - Couleurs"

-Le vendredi de 15h à 16h30 et de 17h à 18h30, Cours "Dessin - Couleurs"

 

Matériel obligatoire :

Début d'année, techniques sèches : fusain, gomme mie de pain, gommes dures, pastels secs, mine de plomb (graphite), crayons divers et variés, feuilles blanches et colorées format A3 (42 x 29,7) et Raisin (50 x 65 cm)

Milieu d'année, techniques humides (lavis) et techniques grasses (pastel gras et peinture): encre noire de chine, encre sépia ou brou de noix / pastels à l'huile, gouache et/ou acrylique, des brosses, pinceaux, chiffon

Fin d'année, monotypes : huile ou acrylique, un rouleau de graveur, chiffons et cotons-tiges

 

©VincentLignereux